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Absence de concernées, risque de stigmatisation… Pourquoi cette campagne contre le harcèlement de rue fait débat

Absence de concernées, risque de stigmatisation… Pourquoi cette campagne contre




“Très beau cul”, “J’suis excité là”, “Tu me donnes ton numéro ?”. Ces petites phrases font souvent partie d’un triste quotidien pour beaucoup de femmes. Et pour que tout le monde en prenne conscience, l’association Ni putes ni soumises a diffusé une nouvelle campagne vidéo dont le principe se résume ainsi : “Mettez-vous à notre place”. Grimé en femme, un jeune homme de 23 ans a passé une journée à déambuler dans Paris. Le but ? Dénoncer la violence du harcèlement de rue. Une démarche critiquée par des militantes féministes ainsi que de nombreux internautes.
Après deux heures de maquillage, de coiffure et de stylisme, Antoine se fond dans la peau d’une jeune femme. Sous sa perruque blonde et du haut de ses talons, il part se promener dans Paris. Ou plus précisément à Châtelet, un quartier populaire de la capitale. Remarques vulgaires, sexistes et regards insistants fusent : “Ta frange là, on dirait un film porno”.

“Pourquoi les paroles des femmes ont moins de valeurs ?”

Antoine s’est donc rendu compte que, oui, le harcèlement de rue, cela peut être très difficile au quotidien. “La première fois que je suis sorti en femme, je me suis senti extrêmement vulnérable”, confie-t-il. “Avoir tous les regards sur soit c’est très déstabilisant (…) Je ne pensais pas que ce serait à ce point-là.” Une façon donc, pour Ni putes ni soumises, de mettre en lumière la banalité du harcèlement de rue et d’appeler à une prise de conscience de cette violence quotidienne exercée sur les femmes. “Il faut vraiment que nous, les hommes, on voie cette vidéo et qu’on prenne conscience de ce problème pour faire changer les choses”, conclut le comédien.
Si le problème du harcèlement de rue est bien réel – dans un rapport de 2015, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes dévoilait que 100 % des femmes avaient été harcelées au moins une fois dans leur vie dans les transports en commun – la démarche de Ni putes ni soumises a été perçue par certains comme maladroite. Sur la toile, plusieurs internautes ont dénoncé l’absence de personnes concernées.
“La parole des assos et des principales concernées ne suffit visiblement pas”, écrit une femme sur Twitter. “Pourquoi les paroles des femmes ont moins de valeurs ?”, interpelle un autre.
On aime la campagne ni putes ni soumises avec un mec dans la peau d’une femme face au harcèlement de rue parce que la parole des femmes ne suffit pas tant qu’un mec n’a pas partagé leur expérience.— Andrea K. 🤷🏽‍♀️ (@AndieCrispy) October 25, 2019

Experience sociale? Les femmes se font harceler depuis des annees mais il fallait qu’un homme se met dans la peau d’une femme pour denoncer le harcelement? Pourquoi les paroles des femmes ont moins de valeurs? N importe quoi— Damien_Indeed (@Damien_Indeed) October 25, 2019

??? Pourquoi avoir besoin de déguiser un gars ?? Vous pouvez pas juste croire les 10aines de milliers de témoignages emmanant de femmes ?? Il vous faut vraiment la très courte expérimentation d’une paire de couille pour y croire ? #vomirunpeu— silken (@silken81) October 25, 2019

La militante féministe Caroline de Haas s’est également fendue d’un tweet : “Heureusement qu’il y a des hommes qui témoignent de ce que vivent les femmes, sinon on pourrait ne jamais être au courant. Soupirs.”
Heureusement qu’il y a des hommes qui témoignent de ce que vivent les femmes, sinon on pourrait ne jamais être au courant.🤦‍♀️ *Soupirs*https://t.co/9GGaRGPrin— Caroline De Haas (@carolinedehaas) October 25, 2019

Des discours de haine

Si elle dit comprendre ces critiques, la présidente de Ni putes ni soumises, Stéphanie Rameau, contactée par Les Inrocks, explique avoir beaucoup aimé l’idée proposée par les agences Publicis Conseil et Marianne : “Je me suis dit qu’effectivement, depuis tant d’années où l’on a entendu la parole des femmes à ce sujet, l’expérience montre que les choses n’ont pas beaucoup changé.” Elle ajoute : “Le fait que la parole d’un homme soit plus entendue que celle d’une femme c’est quelque chose que l’on combat en tant que féministes. Et effectivement, cette campagne met en avant un homme qui a vécu ces violences. Mais si, finalement, cela permet de toucher plus de monde, et de changer les mentalités, cela reste une expérience qui est bonne à prendre.”
D’autres internautes ont regretté un spot qui contribuerait à stigmatiser les personnes racisées, qui représentent la majeure partie des harceleurs que l’on peut voir dans cette campagne. En témoignent d’ailleurs certains commentaires haineux sous la vidéo. Des internautes soulignent également le choix des lieux : souvent très populaires.
C’est bien de défendre une cause mais si c’était possible de ne pas taper sur le multiculturalisme qui est une chance— 🏳️‍🌈 (@Senshitoshite_) October 25, 2019

@Schwarzinigga je viens signaler cette vidéo islamophobe a ne surtout pas partager— 🎃𝕸𝖆𝖏𝖔𝖗𝖚𝖒🎃🦠 (@Majorum1200) October 25, 2019

C’est très problématique et très stigmatisant cette petite vidéo.— Cheveche Reveche (@ChevecheReveche) October 26, 2019

“L’association est anti-raciste, et il est hors de question que l’on fasse écho au discours de haine et que cette expérience puisse être reprise à des fins idéologiques nauséabondes qui détournent le sujet principal de cette campagne” rétorque Stéphanie Rameau, qui ajoute : “Je ne vois pas comment l’on peut imaginer qui sont ces hommes derrière un mot ou un floutage.”
Sur les images, on aperçoit beaucoup d’hommes Noirs ou d’origine maghrébine. Ce genre de raccourcis étaient d’ailleurs les craintes de quinze militantes féministes et chercheuses spécialisées sur les violences de genre qui publiaient en septembre 2017 une tribune dans Libération “contre la pénalisation du harcèlement de rue”. “En insérant la catégorie ‘harcèlement de rue’ dans le domaine pénal, la rue devient précisément la cible renouvelée des politiques publiques. Du même coup, elle vise les populations qui l’occupent, lesquelles appartiennent souvent aux fractions paupérisées et racisées”, écrivaient-elles.

>> A lire aussi : Pourquoi la pénalisation du harcèlement de rue divise les féministes

Les mêmes critiques avaient été formulées en 2012 à propos du documentaire de Sofie Petters, Femmes de la rue, cette étudiante flamande qui s’était filmée en caméra cachée dans le quartier Annessens – Lemonnier à Bruxelles. Les commentaires et injures sur son passage étaient édifiants. Si le travail de la jeune femme avait à l’époque été salué pour avoir brisé un tabou, il lui avait été reproché de stigmatiser une population en particulier, la plupart des hommes présents dans le film étant d’origine maghrébine. Elle avait plus tard précisé que, si elle avait eu affaire à des “allochtones”, c’était parce que ceux-ci constituaient la majorité des habitants de son quartier. Et avait précisé avoir eu affaire aux mêmes types de remarques sexistes lorsqu’elle vivait à Mexico. “L’attitude d’une personne n’est pas représentative de toute la communauté. Ce n’est pas une question d’origine ethnique mais sociale”, avait argué la réalisatrice. Pour la petite anecdote, un blogueur du Nouvel Observateur s’était attiré les foudres des internautes après avoir écrit qu’il n’avait “vu aucune fille se plaindre d’avoir à subir le même traitement en France”. Le terme “harcèlement de rue” commençait alors à se généraliser.



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Publish date : 2019-10-28 18:57:38

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