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Voici ce qui s’est passé quand mon macho de père a accepté de suivre une thérapie avec moi

Voici ce qui s’est passé quand mon macho de père



J’ai eu une très bonne relation avec mon père jusqu’à l’âge de 12 ans. Après cela, je me suis forgé mes propres opinions sur le monde qui m’entourait.Mon avis différait souvent du sien, et c’est à ce moment-là que nos désaccords ont commencé. Quand il était sentimental, il disait que c’était parce qu’on se ressemblait trop: fort caractère, têtus, bavards, et résolus à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Sauf que quand je lui tenais tête, à lui, c’était une autre histoire.Après la séparation de mes parents, quand j’avais 9 ans, j’ai souvent dit à mon père, un immigrant latino-américain très macho, que je n’appréciais pas ses commentaires irrespectueux sur ma mère ou ses remarques dégradantes sur les femmes que nous croisions en voiture ou dans la rue. Au lieu de tenir compte de mes paroles, il se mettait aussitôt sur la défensive et haussait les épaules en disant: “Je ne te parle pas à toi” ou en sortant sa répartie favorite: “Tu es trop sensible.”Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à [email protected] et consulter tous lestémoignages que nous avons publiés.Sensible ou pas, je voulais qu’il me respecte.J’ai grandi près de San Francisco, et j’avais conscience que les pères des ados de mon âge ne leur parlaient pas comme le mien le faisait. Je savais que certains des propos qu’il tenait devant moi et mon petit frère étaient déplacés mais, quoi que je dise, il ne reconnaissait jamais qu’il avait tort. Sous sa casquette de père de famille, il se montrait protecteur, autoritaire, et prétendait avoir toujours raison.Même si je devenais une adulte responsable, il me voyait toujours comme “la petite fille à son papa”. Il avait besoin de sentir que j’avais besoin de lui et que je l’admirais comme autrefois. Moi, j’avais besoin qu’il me fasse confiance, qu’il me laisse prendre mon envol et faire les choses à ma façon. Après tout, il m’avait bien élevée: il m’avait appris à développer mon esprit critique, à être courageuse et, sans le vouloir, à agir comme je l’entendais, tout comme lui vivait sa vie à sa manière.Il avait besoin de sentir que j’avais besoin de lui et que je l’admirais comme autrefois. Moi, j’avais besoin qu’il me fasse confiance, qu’il me laisse prendre mon envol et faire les choses à ma façon.Quand j’ai eu 20 ans, la situation s’est brutalement dégradée. Mon père et moi sommes allés changer la carte grise d’une voiture d’occasion qu’il m’avait achetée pour mon anniversaire (il m’en avait fait la surprise). Nous nous sommes disputés sur le parking parce que je ne faisais pas les choses à sa façon. J’en avais assez de nos querelles et je ne supportais plus qu’il me traite comme si j’étais incapable de faire les choses correctement, alors que je lui avais donné toutes les raisons de me faire confiance. Je lui ai donc dit carrément qu’on avait besoin d’une thérapie.Au fond de moi, j’étais sûre que ça ne servirait à rien, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. J’avais le sentiment de n’avoir plus rien à perdre. Je savais bien que ma suggestion tomberait dans l’oreille d’un sourd et qu’elle aggraverait peut-être même les choses. Comme je le prévoyais, il s’est braqué.Mon père est né au Chili en 1940, à une époque où parler de ses problèmes à un professionnel était tabou. À ses yeux, la thérapie était réservée aux malades mentaux. Pour les gens de sa génération, et dans sa culture, on ne racontait pas ses soucis à un étranger. On était censé se débrouiller seul, ou éventuellement s’en ouvrir à quelques personnes de confiance. Mon père parlait souvent de l’aide psychologique de façon négative, sous-entendant que les thérapeutes choisissaient cette profession parce qu’ils étaient eux-mêmes perturbés.Pour les gens de sa génération, et dans sa culture, on ne racontait pas ses soucis à un étranger. On était censé se débrouiller seul.J’ai toujours trouvé son point de vue absurde. Aujourd’hui encore, pour moi, tout le monde a des problèmes psychologiques plus ou moins graves à un moment ou un autre de sa vie. Parfois, faire appel à un professionnel dans des circonstances difficiles peut nous sauver la vie. Le thérapeute nous offre parfois simplement un espace neutre pour réfléchir à ce qui nous arrive. J’ai moi-même déjà consulté un psychologue et j’ai toujours trouvé cela utile: cela m’a donné de nouvelles perspectives auxquelles je n’avais pas pensé et m’a permis de montrer ma vulnérabilité.Un mois après notre dispute – nous ne nous étions pas parlé pendant tout ce temps parce que je me refusais à lui téléphoner – c’est lui qui a fini par m’appeler. J’ai été stupéfaite mais heureuse qu’il fasse le premier pas. La première chose qu’il m’a dite a été: “Tu as raison, je crois qu’on a besoin d’une thérapie.” J’étais bouche-bée. Je n’aurais jamais imaginé que mon père accepterait d’aller consulter, mais je me sentais folle de joie à la pensée que sa relation avec moi soit assez importante à ses yeux pour qu’il fasse cet effort. Il s’était renseigné: son assurance santé prenait en charge une partie des frais pour dix séances.Notre thérapeute nous a d’abord proposé une séance individuelle. Cela nous a permis, à mon père et à moi, d’expliquer pourquoi nous étions là, quelle était la situation, et ce que nous espérions obtenir. Ensuite, elle nous a fait remplir un formulaire avec des informations supplémentaires sur nos problèmes et notre dynamique relationnelle. Il nous restait huit séances.Pour être honnête, j’étais nerveuse. Je savais que cette thérapie ne serait pas facile. Je devrais aborder des sujets sensibles et je n’étais pas sûre de la façon dont mon père réagirait en présence d’un tiers.Suivre une thérapie demande du temps, de l’attention et exige d’accepter sa vulnérabilité et d’écouter l’autre. Il n’y a pas de formule magique. Nous avons ri et nous avons pleuré. Mon père avait un talent de conteur inné et adorait être sur le devant de la scène. D’une certaine façon, avoir un espace pour parler de lui à une personne prête à l’écouter attentivement lui convenait parfaitement (même s’il refusait de l’admettre).Lors de notre première séance en commun, je redoutais sa réaction, mais j’ai tout de même trouvé le courage de lui dire que je n’aimais pas ses commentaires négatifs et condescendants envers les femmes. Il m’a écoutée, puis m’a opposé l’argument culturel que j’avais déjà entendu à maintes reprises: dans son pays, les gens ne sont pas aussi sensibles et ces remarques ne sont pas méchantes.Mon père n’arrêtait pas de répéter qu’il était “trop vieux pour changer”, même devant la thérapeute. Je n’aimais pas l’entendre dire ça.Quand la thérapeute lui a fait remarquer à quel point ses paroles m’affectaient – des larmes coulaient sur mon visage – il s’est interrompu. Mais il ne comprenait toujours pas mon point de vue, et ne reconnaissait pas que cela dépassait la simple notion de “sensibilité”. Il ne voyait toujours pas qu’il m’avait élevée à une époque et dans un pays où cette culture machiste n’était pas la norme.Même s’il a fini par prendre conscience de mon ressenti, son comportement n’a pas changé du tout au tout après la thérapie. Au fil de nos séances, j’ai commencé à constater quelques progrès et je sortais parfois du cabinet en ayant le sentiment que les choses évoluaient. Mais les changements les plus importants prennent du temps, et je ne les ai remarqués que bien longtemps après la fin de notre travail.À mesure que nous approchions de notre dernière séance, je sentais qu’il nous fallait plus de temps. Mais je savais aussi que mon père ne serait pas partant pour continuer. Pour commencer, il refuserait de payer de sa poche les séances supplémentaires. Ensuite, il estimait que si l’assurance maladie payait pour dix séances, c’est que ça devait “suffire”. Je crois surtout qu’avoir un nombre prédéfini de séances le rassurait, en lui offrant le garde-fou d’une date limite. Pour dix séances, il était prêt à s’engager. Il pouvait faire ça pour moi. Pour nous.Pendant nos séances, mon père avait évoqué sans entrer dans les détails des expériences traumatisantes vécues vers l’âge de 14 ans. Je savais qu’il lui aurait été nécessaire de se plonger plus profondément dans ce processus émotionnellement éprouvant. Je savais aussi qu’admettre qu’il avait besoin d’une thérapie individuelle serait trop dur pour lui. Après tout, mon père n’arrêtait pas de répéter qu’il était “trop vieux pour changer”, même devant la thérapeute. Je n’aimais pas l’entendre dire ça. Je comprends qu’en vieillissant, les gens ont plus de mal à changer leurs habitudes, mais j’interprétais ses paroles comme une excuse pour s’abstenir de faire le moindre effort.Nous avons divisé notre avant-dernière séance en deux, pour avoir chacun un temps d’échange individuel avec la thérapeute et faire le bilan de notre expérience. J’ai compris ‒ et la thérapeute me l’a confirmé ‒ que j’aurais désormais un rôle crucial à jouer dans l’évolution de ma relation avec mon père.Moi aussi, j’allais devoir changer. Modifier ma perspective et mes attentes le concernant.J’ai compris ‒ et la thérapeute me l’a confirmé ‒ que j’aurais désormais un rôle crucial à jouer dans l’évolution de ma relation avec mon père. Moi aussi, j’allais devoir changer.Suivre cette thérapie m’a fait prendre conscience que je ne pouvais pas montrer mes côtés vulnérables à mon père parce qu’il était incapable de m’aider de ce côté-là. Il ne l’avait jamais pu. Ce que je voulais désespérément partager avec lui – une connexion sur un plan plus personnel et émotionnel –, il ne pouvait pas me l’offrir. La thérapie m’a donné le recul nécessaire pour m’en rendre compte. J’ai changé de comportement et tenté de partager avec lui certains aspects de ma personnalité, dans l’intérêt de notre relation.Ce n’est que quelques années plus tard, après son décès, que j’ai réalisé à quel point cette différence de culture nous avait séparés. Je n’avais jamais vraiment compris les règles “culturelles” qui régissaient la vie de mon père. Je savais que ma vie familiale différait de celle de mes pairs, mais dans mon enfance, j’étais incapable de mettre en mots ou de comprendre cette différence.La culture est quelque chose que l’on ne remarque pas toujours, même si elle est fortement présente dans notre vie. Bien que mon père ait immigré en Californie à l’âge de 28 ans, il est resté attaché à sa culture d’origine et critiquait souvent la façon de fonctionner des Américains. Pourtant, je crois qu’il ne lui est jamais venu à l’esprit de m’apprendre sa culture.Par exemple, à l’adolescence et à l’âge adulte, c’était toujours moi qui étais censée lui téléphoner. Je trouvais ça frustrant et énervant, parce qu’aux États-Unis ça marche dans les deux sens. Personne ne compte les points pour savoir qui a appelé en dernier. Mais quand je n’appelais pas de la semaine, j’angoissais, parce que je savais bien que quand je céderais enfin et lui passerais un coup de fil, il décrocherait en disant: “Qui est à l’appareil?” et je lui répondrais en soupirant, “C’est ta fille”, ce à quoi il répliquerait d’un ton chagrin: “Ah bon? J’ai une fille? Je ne savais pas!”Je crois qu’il ne lui est jamais venu à l’esprit de m’apprendre sa culture.Quand je ne l’appelais pas assez souvent, il interprétait mon silence comme un manque d’intérêt et d’affection pour lui. Même s’il jouait les gros durs, c’était quelqu’un de très sensible. Il avait un bagage émotionnel conséquent et ne savait pas comment exprimer ses sentiments sans apparaître vulnérable, ce qui était à ses yeux un signe de faiblesse. Alors, il me repoussait avec ses mots. Je n’aimais ni ses tentatives de culpabilisation, ni l’impression constante que j’avais d’être responsable de ses sentiments. Je ne comprenais tout simplement pas pourquoi il ne m’appelait pas lui-même. Cela semble si évident, et pourtant j’ai mis des années à saisir la norme culturelle sous-jacente qui expliquait notre divergence de point de vue.Même si notre thérapie n’a sans doute pas eu le résultat que j’espérais – amener mon père à me montrer davantage de respect et à me traiter en égale – elle m’a fait prendre conscience qu’il était sorti de sa zone de confort par amour pour moi. Il a dû laisser de côté ses préjugés, jugements et idéologies pour le bien de notre relation. Je me rends compte à présent que c’était loin d’être facile pour lui. Il lui a fallu reconnaître qu’il y avait un problème.À ses yeux, admettre cela était signe de faiblesse. Pour moi, c’était signe de courage.Je lui en serai éternellement reconnaissante.Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.À voir également sur Le HuffPost:LIRE AUSSI
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Author : Lauren David

Publish date : 2019-12-07 06:00:02

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