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La campagne pour les municipales est-elle plus violente que jamais?

La campagne pour les municipales est-elle plus violente que jamais?



POLITIQUE – “Alors qu’est-ce que l’on fait, on sombre dans l’anarchie?” La question que nous pose Laetitia Avia, députée de Paris et porte-parole de La République en Marche, n’appelle pas de réponse. Mais elle témoigne d’une atmosphère de grande tension sociale à l’approche des élections municipales. À moins de 50 jours du premier tour, la campagne s’accélère et on ne compte plus les locaux vandalisés, les candidats intimidés certains même agressés. Laetitia Avia a dû annuler ses vœux le 23 janvier du fait d’“intimidations”. Et si les victimes sont souvent des élus liés de près ou de loin de la majorité présidentielle, plusieurs formations politiques semblent touchées par le phénomène.Un candidat soutenu par la France insoumise à Leforest dans le Pas-de-Calais a notamment été roué de coups dans la rue, alors qu’il emmenait ses filles à l’école le 17 janvier dernier. Une situation aussi inacceptable qu’inédite à l’orée d’élections municipales? Les choses sont plus complexes selon le politologue Xavier Crettiez. “Le niveau de violence n’est pas démesuré”, explique au HuffPost ce spécialiste de la violence politique, s’appuyant sur l’histoire récente. C’est en revanche la nature des actes qui a changée.Les intimidations s’enchaînentLa crise des gilets jaunes s’est par exemple accompagnée d’un phénomène massif de vandalisation de permanences de députés de la majorité. Une habitude prise au moment des élections européennes qui ne s’est jamais vraiment arrêtée depuis. Une situation qui s’explique, pour Laetita Avia, par l’affaiblissement des mobilisations dans la rue et la radicalisation de certains manifestants. “Sur le terrain, le mouvement social s’estompe et donc un certain nombre de personnes radicalisées s’en prennent à des élus, portant atteinte de fait à notre démocratie”, explique la porte-parole de La République en Marche au HuffPost.La parlementaire estime également que la recomposition politique et le renouvellement des personnes actés par le parti présidentiel poussent à la mise en lumière de ces violences-là. “On parlait moins des députés avant, on est bien plus suivis désormais”, estime l’élue de Paris. Seulement ces violences, si elles touchent majoritairement des responsables de la majorité, n’épargnent pas pour autant l’ensemble des formations politiques de gauche comme de droite. Le 13 janvier 2020, c’est le local de campagne du candidat Rassemblement national Jean-Louis Cousin à Agde (Hérault) qui a été tagué.À Brest, le local de la liste d’Union de la gauche a été attaqué, tout comme à Toulouse. À Evreux, Saint-Denis, Chalon-sur-Saône, Poitiers, Clermont-Ferrand… ce sont des locaux LREM qui ont été touchés. Le dernier en date est celui de Pierre-Yves Bournazel, ex-candidat Agir (centre droit) à la mairie de Paris désormais rallié à Benjamin Griveaux, qui a retrouvé sa permanence vandalisée le vendredi 24 janvier. L’ère de la “violence démonstrative”Une liste loin d’être exhaustive mais non moins impressionnante car elle retrace les actes violents envers des candidats aux municipales ou leurs locaux pour le seul mois de janvier 2020. Une violence inédite ? “Pas du tout”, tranche le profession à Science Po Saint-Germain-en-Laye Xavier Crettiez. “Le niveau de violence n’est pas démesuré. À ma connaissance, aucun député ne s’est fait bastonner dans la rue”, explique le politologue en s’appuyant sur le passé: “dans les années 30 et les années 70, des groupes aux idéologies opposées s’affrontaient physiquement. Léon Blum, le chef des socialistes se faisait lyncher dans la rue par les militants royalistes de l’Action française.”Pour Xavier Crettiez, il est toutefois délicat de faire des comparatifs car l’époque et les mœurs ont changé: “Vandaliser un local politique aurait été vu comme un épiphénomène dans le passé”, explique-t-il, précisant que les assassinats sont les rares faits de violences objectivables dans le temps. Et “très clairement, les assassinats politiques ont considérablement diminué”.En résumé, “la violence est désormais plus visible mais pas forcement plus intense.” C’est ce que ce spécialiste des violences politiques appelle “la violence démonstrative à visée médiatique.”“La nouveauté c’est la place prépondérante de l’actualité politique dans la couverture médiatique, comme la possibilité d’être son propre média. Cela rend la violence possible avec un effet d’opportunité et la quête d’un écho médiatique. Mais ça en limite également l’intensité, les auteurs n’ayant aucun intérêt à franchir la limite de la violence médiatiquement acceptable.”Quelle responsabilité pour les politiques?Reste que le climat politique semble délétère et que la majorité comme l’opposition s’accusent mutuellement d’entretenir des “discours coupables.” La République en Marche n’a pas hésité par exemple à tomber sur le râble de Jean-Luc Mélenchon et son appel à la “rébellion” ce dimanche, quitte d’ailleurs à tronquer ses déclarations, estimant qu’il était sorti du “champ démocratique”.Laetitia Avia pointe elle aussi les “messages extrêmement agressifs, d’incitation à la violence”, en citant notamment des responsables politiques Insoumis qui s’en rendraient coupables. “Arrive un moment, quand chacun regarde son intérêt, son parti, on oublie que ce n’est pas LREM ou la CFDT qui sont attaqués, mais bien la démocratie. Jean-Luc Mélenchon oublie les valeurs et la défense de la démocratie, ce qui est préoccupant”, explique-t-elle au HuffPost.De son côté, l’opposition et la France insoumise en tête accusent au contraire l’exécutif d’entretenir ce climat acrimonieux. “C’est votre obstination qui est le problème”, lançait Jean-Luc Mélenchon à Emmanuel Macron lors de ses vœux, jugeant que le gouvernement faisait preuve de “violence économique” avec son projet de réforme des retraites, de “violence politique” en bafouant le Parlement, et de “violence policière”.Une partie de ping-pong qui n’a rien d’inhabituel pour Xavier Crettiez. “Le grand jeu c’est de dire ‘c’est pas nous, c’est eux’”, explique le professeur à Sciences Po avant de détailler: “chaque partie a un besoin fort de légitimer les violences en imputant leurs responsabilités à l’autre camp. Ce qui montre d’ailleurs que tous les acteurs trouvent au fond que la violence est illégitime.”À voir également sur Le HuffPost: “Violences policières”, l’expression toujours taboue pour l’exécutifLIRE AUSSI:
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Author : Anthony Berthelier

Publish date : 2020-01-27 03:23:40

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