C’est une menace de catastrophe qui menace la Libye endeuillée. Le 10 septembre dernier, cette ville côtière de 100 000 habitants à l’est du pays a été durement frappée par la tempête Daniel, provoquant la rupture de deux barrages et faisant près de 3 300 morts, selon les derniers chiffres officiels cités par l’AFP.Et le bilan pourrait être encore plus lourd dans les jours à venir : des organisations humanitaires internationales et des responsables libyens estiment que des milliers d’habitants sont encore portés disparus dans cette ville aux allures de champ de bataille.Alors que les recherches des secouristes libyens et étrangers se poursuivent ce lundi 18 septembre, l’Organisation des Nations unies (ONU) alerte sur un nouveau risque de propagation de maladies. Une conséquence de la catastrophe naturelle qui ne touche d’ailleurs pas que la Libye.Une eau contaminée par les cadavresDans un communiqué publié ce lundi, la mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul) indique que “les autorités locales, les agences d’aide et l’équipe de l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) sont toutes préoccupées par le risque de propagation de maladies, notamment par l’eau contaminée et le manque d’hygiène”.En effet, le manque d’accès à l’eau potable provoqué par le désastre pourrait provoquer des maladies d’origine hydrique. Selon le rapport de l’ONU, près de 300 000 enfants sont confrontés à “un risque accru de diarrhée et de choléra, de déshydratation et de malnutrition”, cite le quotidien américain New York Times.Comme l’ont rappelé la Croix-Rouge et l’OMS le vendredi 15 septembre, les dépouilles des victimes de catastrophes naturelles ne présentent en général pas de risque particulier pour la santé, contrairement à une croyance profondément ancrée. En revanche, les cadavres laissés près des sources d’eau potable peuvent provoquer une éventuelle contamination par les matières fécales.À Derna, déjà “150 personnes ont été diagnostiquées avec de la diarrhée après avoir bu de l’eau contaminée” relate le Wall Street Journal, selon les chiffres du directeur du Centre national libyen de contrôle des maladies Haider al-Saeih. La gestion des morts se transforme donc en mission de santé publique urgente : quotidiennement, des dizaines de corps sont rejetées par la mer ou extraits des décombres de quartiers dévastés par les inondations, avant d’être enterrés dans un paysage apocalyptique.Les survivants avant tout responsables des épidémiesSur place, la peur d’une propagation s’observe aussi auprès des équipes en charge des recherches. Une correspondante de l’AFP raconte ainsi que le chef d’un groupe de secouristes envoyés par les Emirats arabes unis interdisait dimanche à ses collègues “de toucher les corps ou d’ouvrir les voitures englouties sous l’eau”.Plus que les cadavres, ce sont “ceux qui survivent à un événement tel qu’une catastrophe naturelle [qui] sont plus susceptibles de propager des maladies”, indique ainsi à l’AFP le responsable de l’unité médico-légale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Pierre Guyomarch.Selon le communiqué de la mission d’appui de l’ONU en Libye (Manul), les équipes de l’Unicef et le Fonds de l’ONU pour l’enfance ont fourni ces derniers jours “des trousses médicales d’urgence” aux services de soins primaires afin de soutenir 15 000 personnes pendant trois mois. “L’équipe [de l’OMS] continue de travailler pour prévenir la propagation de maladies et éviter une deuxième crise dévastatrice dans la région”, ajoute également le communiqué.Une campagne de vaccination a également débuté dimanche auprès des populations les plus à risque, selon le ministre de la Santé du gouvernement libyen contrôlant l’est du pays, “sans préciser quels vaccins seraient proposés ni quelles maladies sont ciblées”, commente encore le New York Times.Des cas de contamination similaires en EuropeCe phénomène de propagation de maladies à la suite d’inondations ne se cantonne pas à la Libye. De l’autre côté de la Méditerranée, les inondations provoquées en Grèce par cette même tempête Daniel les 4 et 5 septembre ont également provoqué des contaminations de l’eau, dans une moindre mesure.Après les pluies torrentielles, les eaux de crue ont ainsi transporté des polluants, des pesticides et des déchets, impliquant “des risques pour le sol, les eaux souterraines, les eaux de surface, la santé publique et la sécurité des aliments”, rapporte à l’AFP la chercheuse Katerina Kasimati de l’université d’agronomie d’Athènes.Une grande partie du réseau d’approvisionnement de la région de Pélion a notamment été détruite lors de la catastrophe, poussant le ministre grec de la Santé à alerter publiquement que “l’eau n’est pas potable”, après des cas de gastro-entérite. Une semaine plus tard, les équipes municipales continuent de se débarrasser de dizaines de milliers d’animaux de ferme tués par la tempête et risquant de contaminer l’eau, indique Associated Press.En mai 2023, l’antenne européenne de l’OMS appelait également les habitants des zones inondées des Balkans et d’Italie à “éviter de boire l’eau du robinet non bouillie” face à des conséquences similaires. Une situation qui risque de se multiplier dans les années à venir, alors que le réchauffement climatique qui touche fortement le bassin méditerranéen augmente les risques d’épisodes de fortes précipitations.
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Publish date : 2023-09-18 15:00:20
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Inondations en Libye : pourquoi cette catastrophe risque de provoquer des épidémies
