close

Planification écologique : Emmanuel Macron tire un trait sur le grand récit

Planification écologique : Emmanuel Macron tire un trait sur le grand récit




Un petit éclair. Un petit moustachu avec un chapeau de paille. Une petite voiture rouge. Un petit diagramme en bâton. Des émoticônes, les uns après les autres, sur une feuille blanche. Voilà comment le parti présidentiel a résumé l’intervention d’Emmanuel Macron lundi 25 septembre et irrigué les réseaux sociaux : avec une liste – des “bullet points”, dirait-on en bon anglais – de mesures perlées. Point. Si l’infographie enfantine est claire et les informations intelligibles, l’image, elle, est tout aussi parlante : le grand plan écologique d’Emmanuel Macron, annoncé en grande pompe à l’Elysée aux côtés d’Élisabeth Borne et de dix-sept membres du gouvernement, n’est en rien une transformation de son logiciel politique. Ni l’aube d’une page révolutionnaire. “L’écologie à la française” est une marque ; l’écologie macroniste, elle, n’est pas un nouveau récit. Emmanuel Macron l’a voulu ainsi.Comme l’a expliqué lui-même le chef de l’Etat dans le salon des Ambassadeurs, ce plan écologique est “le fruit de 14 mois de travaux et de concertation dans le cadre du Conseil national de la Rénovation”. Il se place également dans le sillage du discours de Marseille du candidat Macron, prononcé dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle pour capter une partie des voix mélenchonistes, dans lequel il faisait de la transition écologique un axe central de son futur quinquennat : “La politique que je mènerai sera écologique ou ne sera pas”, clamait-il, surplombant le Vieux-Port. De l’avis général de nombre de ses soutiens, ce fut l’un des rares moments enthousiasmants de sa campagne ; c’est dire si ce 25 septembre était attendu. “Ce n’était pas le discours de quelqu’un qui parle écologie seconde langue vivante, glissait un ministre proche d’Emmanuel Macron il y a quelques semaines. Les gens veulent savoir si ça venait du bide ou non. Donc, sur le discours de Marseille, il faut lever tous les doutes concernant notre sincérité, c’est ça l’enjeu fondamental.”Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, a fortiori depuis de la fin de l’épisode tumultueux des retraites, ils étaient une poignée autour du chef de l’Etat, notamment parmi ses anciens conseillers élyséens, à prôner l’instauration d’un grand projet écologique. Un projet total, aux multiples dimensions, permettant à la Macronie d’écrire un nouveau récit pour un futur “désirable, ambitieux et optimiste”, comme le qualifiait le député David Amiel, architecte du “progressisme” sauce La République en marche. Finie, la gestion. Exit, les soubresauts et petits pas. “Cette question est centrale, on ne peut pas seulement l’aborder avec une vision pragmatique en ménageant la chèvre et le chou, sinon personne ne s’en satisfera et on nous donnera zéro crédit sur le sujet”, estimait avant l’été l’un des dirigeants du groupe Renaissance.”Un catalogue de mesures de bon sens”Le président de la République se devait de définir les contours et le coeur de l’écologie macroniste. Cette dernière a, d’ailleurs, désormais un nom : “L’écologie à la française”. Derrière ce concept efficace, cette image de marque oserait-on, trouvé par un pouvoir qui raffole du “branding” des idées politiques – la culture Havas et Publicis est passée par-là… -, Emmanuel Macron a décliné des mesures. Coûteuses, oui. Ambitieuses, certes. Qui peut lui reprocher de vouloir réduire de moitié les émissions de CO2 des filières industrielles d’ici 2030 ? Ou de favoriser les transports collectifs avec la construction de 13 RER métropolitains ?Mais qu’en est-il de ce fameux “récit” ? Lundi, le président de la République a bien davantage tenu un discours de la méthode, mis en avant une boîte à outils (chère à François Hollande) à plusieurs tiroirs, qu’un imaginaire puissant capable d’écrire une nouvelle page et d’y faire adhérer les Français. “On est davantage dans un catalogue de mesures de bon sens que dans un changement de modèle, un changement de société, c’est vrai. Sinon, son 20 heures, il l’aurait fait lundi et non dimanche…”, reconnaît ce mardi un ponte du groupe Renaissance. Le chef de l’Etat, qui assume de ne pas vouloir créer de “ruptures”, avait-il seulement l’ambition de changer de paradigme ? Rien n’est moins sûr.Le “bon sens” que le président de la République souhaite absolument accoler à son projet de transition écologique se retrouve également dans sa stratégie politique. “L’épreuve des faits”, diront les uns ; “principe de réalité”, clameront les autres. Tant pis pour l’un des grands piliers auto-revendiqués du corpus macronien : la vision environnementale n’aura pas le même destin que celle de l’Europe, sujet sur lequel Emmanuel Macron est parvenu à installer une patte, une colonne vertébrale, un horizon. Bref, un récit. Et ce, pour une bonne raison : le Rassemblement national guette. Les stigmates de 2018 se font encore ressentir en 2023, les gilets jaunes auront eu raison de la volonté transformatrice du président Macron. Il sait le sujet clivant, conscient que le radicalisme en matière d’écologie est, pour l’heure du moins, porteur d’angoisses plus que d’exaltation dans un bon nombre de couches de la société. Alors il s’adapte, lie son plan à toutes les thématiques portées par le RN : pouvoir d’achat, ruralité, industrie, souveraineté. Il incite sans contraindre, avance sans brusquer, réforme plus qu’il ne transforme, choisit un monde un peu meilleur qu’un monde nouveau. Voilà qui est plus prudent, surtout pour le moment. Et tant pis pour le récit.

See also  Polémique Guillaume Meurice : "Un désir de Hitler flotte sur les ruines du XXIe siècle", par Marc Weitzmann


Source link : https://www.lexpress.fr/politique/planification-ecologique-emmanuel-macron-tire-un-trait-sur-le-grand-recit-OLX42SLE2VDFXEXX6USCZP7E2M/

Author : Erwan Bruckert

Publish date : 2023-09-26 16:58:31

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
Tags : L’Express

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .