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Andreï Belooussov, le nouveau “soldat de Poutine” : ce qu’en dit la presse étrangère

Le 12 mai 2024, le président russe Vladimir Poutine a décidé de remplacer son ministre de la défense, Sergueï Choïgou par l'économiste Andreï Belooussov pour remplacer Sergueï Choïgou.




Vladimir Poutine a procédé dimanche 12 mai à un remaniement rare, et remplacé son emblématique ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, par Andreï Belooussov, un économiste de formation sans bagage militaire. Dans la presse étrangère, les analystes estiment que ce changement montre un tournant dans la guerre en Ukraine : Moscou souhaite surveiller les dépenses de guerre, pour mieux la faire durer, et lutter contre la corruption.Comme le fait remarquer le quotidien américain The New York Times, le remaniement ministériel “représente un changement rare pour Poutine, qui a tendance à éviter les changements brusques”. Andreï Belooussov, 65 ans, a travaillé dans le milieu universitaire avant de rejoindre le gouvernement en 1999. Il était premier vice-président du dernier gouvernement depuis 2020 et l’un des principaux conseillers économiques de Vladimir Poutine ces dernières années. Il a été brièvement ministre du Développement économique entre mai 2012 et juin 2013.Selon le journal new-yorkais, “en nommant un économiste, Poutine a tacitement reconnu l’importance de la puissance industrielle pour toute victoire militaire”, et cherche à montrer que la Russie a “la capacité économique nécessaire pour mener une guerre de longue haleine”.Sergeï Markov, un analyste politique pro-Kremlin, affirme sur l’application de messagerie Telegram que “la Russie ne veut pas d’une guerre longue. Mais pour éviter une longue guerre, il faut être très bien préparé […]. La tâche de Belooussov est de créer une armée russe moderne avec laquelle l’Occident ne voudra pas entrer en guerre, mais faire la paix.”Gestion “pragmatique” des dépenses de guerreAndreï Belooussov a participé, explique le New York Times, à la gestion de l’économie russe face aux sanctions occidentales et à sa stabilisation. Des qualités de technicien qui seraient bien vues par le Kremlin pour mieux gérer l’argent de la guerre. Pour le Financial Times, journal économique libéral britannique qui cite des sources et analystes russes, la “nomination surprise” de Belooussov à la tête du ministère de la Défense “indique que le président souhaite un changement majeur dans la gestion de l’invasion de l’Ukraine”. En l’occurrence, que Poutine souhaite “exercer un contrôle plus étroit sur les dépenses record de la Russie en matière de défense (10,8 milliards de roubles, soit 117,2 milliards de dollars), et qu’il a besoin d’un fonctionnaire souple et pragmatique pour y parvenir”, selon ces sources.Près d’un tiers du budget fédéral russe a été alloué à la défense nationale cette année, alors que la Russie a augmenté massivement sa production militaire industrielle au cours des deux dernières années, “le total des dépenses de défense atteignant, selon les estimations, 7,5 % de son PIB”, d’après The Guardian, journal britannique de centre gauche. “Le Kremlin souhaite que le ministère soit dirigé par un économiste qui sache comment rationaliser ses opérations”, explique au quotidien un ancien fonctionnaire de la Défense ayant travaillé avec l’ex-ministre Sergueï Choïgou.Or Andreï Belooussov a toujours plaidé en faveur d’un rôle important de l’Etat dans l’économie. “Il faisait partie de ceux qui considéraient l’Etat comme le principal moteur de tout”, a déclaré au Financial Times Konstantin Sonin, économiste et professeur à l’université de Chicago, qui figure sur la liste des personnes recherchées par le gouvernement russe pour ses critiques du Kremlin et qui connaît le nouveau ministre depuis plus de vingt ans. Selon lui, le “soldat de Poutine” a pris le dessus sur le “macroéconomiste” lors de l’entrée de Belooussov dans la fonction publique. Il est devenu un défenseur de politiques “telles que les impôts sur les bénéfices exceptionnels des exportateurs russes de matières premières” et le contrôle des capitaux.Cité par le Moscow Times, un quotidien russe en anglais, le chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale Andrei Kolesnikov juge sur X que “le Kremlin pense que Belooussov va technologiser l’économie et la transformer en une économie militaire. Et que l’armée tirera la croissance du PIB”. Mais selon lui, “c’est ce qui a fait exploser l’URSS”.Belousov was responsible for technological development. The Kremlin believes he will technologize the economy and turn it into a military economy. And the military will pull GDP growth. Star Wars economy. It’s essentially Soviet. Which is what the USSR blew up on. pic.twitter.com/GdNSK59DtO— Andrei Kolesnikov (@AndrKolesnikov) May 12, 2024Lutter contre la corruptionLa nomination de Belooussov, “un technocrate de confiance à la tête du ministère de la Défense pourrait également indiquer que le Kremlin, après avoir fermé les yeux sur la corruption qui s’est développée parallèlement aux dépenses militaires, va maintenant lancer une campagne pour l’enrayer dans ce secteur”, note encore le New York Times, faisant allusion à l’arrestation le mois dernier de l’un des principaux adjoints de Sergueï Choïgou, accusé d’avoir touché des pots-de-vin.Selon une source “qui connaît Poutine et Belooussov depuis des décennies” citée par le Financial Times, ce dernier “n’est absolument pas corrompu. Et ce sera très différent de ce que nous avons actuellement au ministère de la Défense. Sergueï Choïgou et tous ceux qui l’entouraient étaient des hommes d’affaires”. Cette même source ajoute toutefois que “Belooussov ne prétend pas diriger l’armée comme un général avec toutes ses médailles. C’est un technocrate.”Les décisions militaires ne seront peut-être pas son affaireLa décision de faire de l’ancien conseiller économique de Poutine le chef de l’armée montre, d’après le quotidien allemand de gauche Die Tageszeitung, que “la guerre en Ukraine est maintenant la base de l’économie russe”, mais également que ce sont “le chef d’état-major et Poutine lui-même qui sont susceptibles d’être responsables des décisions militaires”.Dans The Guardian, l’ancien fonctionnaire de la Défense anonyme estime également que “les décisions sur le champ de bataille seront laissées aux militaires”. “Il est clair que personne n’attend du nouveau ministre la direction directe des troupes”, estime ainsi un chroniqueur du Moskovski Komsomolets, un quotidien tabloïd russe. “Dans la politique et la puissance verticale russes, il n’y a qu’une seule personne vraiment irremplaçable. Cet homme est Vladimir Poutine lui-même.”

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Publish date : 2024-05-13 12:28:45

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