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[Nos jeunes gens modernes] Guillaume Diop, le nouveau danseur star de l’Opéra de Paris

[Nos jeunes gens modernes] Guillaume Diop, le nouveau danseur star de l’Opéra de Paris



Loin de Paris. Ce 11 mars 2023, c’est sur la scène du LG Arts Center de Séoul, en Corée du Sud, que Guillaume Diop est nommé Étoile, le plus haut rang dans la hiérarchie du Ballet de l’Opéra national de Paris. Il danse ce jour-là le rôle d’Albrecht dans le classique romantique Giselle aux côtés de Dorothée Gilbert, star établie de la troupe. Paradoxe, Diop ne devait pas faire partie de cette tournée initialement. Ce n’est que sa seconde représentation du personnage. Mais à tout juste 23 ans, il vient d’entrer dans l’histoire, premier danseur racisé au sommet de la troupe de l’Opéra de Paris. Malgré le décalage horaire, la nouvelle fait vite son chemin. Les réseaux sociaux d’abord, puis les médias en font le héros du jour. On remarque à peine quelques sous-entendus racistes… Rien de comparable néanmoins avec le déchaînement de commentaires haineux visant Aya Nakamura et les Jeux olympiques un an plus tard.
Les balletomanes avaient bien son nom en tête, mais le grand public sans doute pas. Si Guillaume Diop s’est fait remarquer jusque-là, c’est notamment pour avoir signé en octobre 2020 avec d’autres interprètes et salarié·es de la maison un manifeste bienvenu, “De la question raciale à l’Opéra national de Paris”. Le danseur dira plus tard qu’il a, un moment, craint pour sa carrière. Mais aujourd’hui, Guillaume Diop doit cette nomination à un travail acharné et à ses dons évidents. Il devra faire, néanmoins, avec ce nouveau statut, visage – radieux certes – d’une cause, celle de la diversité. Car l’Opéra de Paris a longtemps été en retard sur la question, seulement aiguillonné par Benjamin Millepied, bref directeur de la danse (2014-2016) formé au modèle américain plus inclusif, ou Alexander Neef, l’actuel directeur général passé par le Canada. Il faut dire que l’enjeu est de taille dans une institution peu représentative de la société actuelle aux yeux de beaucoup. Les signes d’ouverture sont encourageants, en témoignent l’adoption des collants et pointes assortis à la couleur de la peau ou l’opération L’Opéra en Guyane. Mais est-ce suffisant ?
Guillaume Diop est autrement plus médiatique – il était le parrain de Tous à l’opéra ! début mai. Son parcours ne tient pas du conte de fées mais plutôt d’une volonté chevillée au corps. Fils d’une mère française et d’un père sénégalais, il a commencé la danse à 4 ans puis est entré au Conservatoire. Parcours logique dans un monde de la danse très blanc. Il est le plus souvent le seul élève racisé dans les cours.
En 2012, une autre dimension s’ouvre à lui avec l’école de danse de l’Opéra de Paris. On y forme à Nanterre cette élite du ballet classique. Guillaume Diop veut prouver qu’il y a sa place. Surtout, il va faire un pas de côté, effectuant un stage d’été à New York dans le temple de la danse afro-américaine, le Alvin Ailey American Dance Theater. Il a alors 16 ans et une autre vie est possible. Il connaît sans doute par cœur l’histoire de Misty Copeland, première interprète afro-américaine nommée en 2015 Principal Dancer à l’American Ballet Theatre et star outre-Atlantique. Un modèle pour de nombreux·ses aspirant·es à la gloire.
On propose même au Frenchy un contrat aux États-Unis. La tentation est grande, mais plus grande encore son envie de servir le ballet, du Lac des cygnes à Roméo et Juliette. L’adolescent qu’il est encore rentrera en définitive à Paris, célébrant ses 18 ans dans le corps de ballet de l’Opéra de Paris. Il a depuis gravi tous les échelons, parfait prince classique dans des chorégraphies d’un autre âge. Diop a, qu’il le veuille ou non, montré la voie. Depuis sa nomination, les messages d’encouragement pleuvent. Aux yeux du Parisien, le plus surprenant est que cela ait pris tant de temps. En espérant surtout ne pas être le seul.
Pour les observateur·rices du milieu, il y a bel et bien un effet Guillaume Diop. Un nouveau public, une ouverture d’esprit. Et des gamin·es venant aux cours de danse avec une nouvelle idole en tête. Du plateau de l’émission Quotidien aux défilés de la Fashion Week, sa beauté solaire fait son petit effet. Le soliste se sait observé et par de modestes touches entend imposer son style. Interprétant ainsi dans L’Histoire de Manon le personnage du chevalier Des Grieux, Guillaume Diop est apparu non avec un catogan mais avec des tresses collées, comme dans certains tableaux d’époque. On rêve désormais de le voir troquer ses rôles de jeune noble énamouré d’une femme-cygne pour des “habits” plus contemporains. Du William Forsythe – chorégraphiant les chansons de James Blake – ou du Sharon Eyal aux sonorités electro par exemple. Les deux chorégraphes sont programmé·es en 2024-2025. En a-t-il seulement envie ? Voilà une autre question. Le Ballet de l’Opéra de Paris est l’une des compagnies les plus ouvertes sur le contemporain depuis vingt-cinq ans. Il faut juste que les planètes s’alignent. L’étoile de Guillaume Diop n’a pas encore révélé toutes ses nuances.



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Author : Philippe Noisette

Publish date : 2024-06-05 16:00:00

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Tags :Les Inrocks

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