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Répartition des élèves par groupes de besoins : ces collèges qui ont déjà dit “oui”

Collège privé de Tinténiac au nord de Rennes le 23 septembre 2011




“Je refuse ce terme de ‘ségrégation'”, s’insurge Mostafa Fourar, le recteur de l’académie de Toulouse. Ce haut fonctionnaire est favorable à la réforme du “Choc des savoirs” annoncée par Gabriel Attal lorsqu’il était ministre de l’Education nationale. L’une des mesures phares était l’instauration de groupes de niveau (rebaptisés depuis groupes “de besoins”) en français et en mathématiques, en classe de 6ème et 5ème, à la rentrée scolaire prochaine. Des enseignants avaient mené des opérations “collège mort”, des grèves et des manifestations pour protester.Cette nouvelle organisation verra-t-elle vraiment le jour dans les quelques 7 000 collèges français à partir du 2 septembre ? “Nous entendons les inquiétudes, les oppositions et les craintes, répond l’entourage de la ministre de l’Education nationale Nicole Belloubet. Toutefois ces blocages sont à relativiser puisque seuls 5 % des établissements sont concernés. Dans la quasi-totalité des collèges, la préparation, qu’elle soit technique, organisationnelle ou pédagogique est bien avancée.””Tout ne sera pas figé”Au collège Françoise Dolto, à Reichshoffen, dans le Bas-Rhin, le mise en place se fera progressivement. “Nous ne répartirons pas les élèves de 6ème dans différents groupes dès le premier jour de rentrée. L’année commencera de façon classique puisque chacun d’entre eux restera dans sa classe d’origine jusqu’aux vacances de la Toussaint”, explique le principal Pascal Richarth. Les textes officiels, publiés en mars, prévoient en effet la possibilité de regrouper les élèves en classe entière sur une durée d’une à dix semaines, soit d’affilée, soit réparties sur l’année.Cela étant, le travail consistant à déterminer les éventuelles lacunes des élèves afin de les répartir a déjà commencé à Françoise Dolto. “Lors d’une réunion qui se tiendra en juin, les professeurs des écoles de CM2 rencontreront les enseignants du collège, ce qui permettra de réunir de premières informations sur nos futurs élèves”, explique Pascal Richarth. Celles-ci seront croisées avec les évaluations nationales de 6ème, prévues en septembre, et les observations des professeurs qui seront faites durant le premier trimestre. “Les parents ne sont pas dupes et connaissent les difficultés éventuelles rencontrées par leurs enfants. A partir du moment où nos modes d’évaluation sont transparents, il n’y a pas de raison que ça se passe mal”, poursuit le principal en insistant sur le fait que “tout ne sera pas figé” et que les cartes seront rebattues quatre fois dans l’année.Cette nouvelle organisation, considérée par beaucoup comme une petite révolution, risque de bousculer les pratiques pédagogiques des enseignants. L’académie d’Amiens se dit déjà un peu rodée. “Notre dispositif baptisé “les 6è tremplin”, dédié aux élèves qui ont des difficultés en français et mathématiques, nous a permis d’expérimenter ce travail en groupes. On sait aujourd’hui que ça fonctionne”, explique le recteur Pierre Moya. Comme dans d’autres académies, des formations via des webinaires sont organisées pour accompagner les professeurs. Les inspecteurs sont également amenés à se rendre dans les établissements pour lever les inquiétudes.”Un exercice d’équilibriste très difficile à tenir””Il faut bien reconnaître que l’annonce de ces changements a vivement fait réagir nos équipes au départ ! Mais les craintes ont été levées petit à petit”, assure Corinne Lourme, à la tête du collège de Saverdun, dans l’Ariège. La tâche des professeurs principaux, habitués à gérer des classes entières et qui seront désormais confrontés à des élèves répartis dans différents groupes, a fait partie des points de crispation. L’autre inquiétude souvent évoquée par les enseignants de français et de mathématiques est le manque de temps dédié à la concertation entre eux. Or ces moments d’échange seront essentiels pour leur permettre d’avancer au même rythme.Au-delà de ces détails techniques, tous les syndicats pointent surtout du doigt la faiblesse des moyens dédiés à la mise en œuvre de cette réforme. “La plupart de nos collègues sont confrontés à un exercice d’équilibriste très difficile à tenir. Voilà pourquoi, aujourd’hui, nous ne sommes pas en mesure d’assurer que la réforme sera véritablement appliquée partout à la rentrée”, explique Bruno Bobkiewicz, le secrétaire général du SNPDEN, principal syndicat des personnels de direction. Le gouvernement estime que 2 330 postes seront nécessaires pour relever le défi qui les attend. “Selon nos calculs, il en faudrait le double ! Et, quand on sait qu’à partir de 2025, le dispositif sera étendu aux 4ème et aux 3ème, il y a de quoi s’inquiéter”, poursuit le responsable syndical.Les critères d’attribution des moyens accordés à chaque établissement diffèrent selon les rectorats. “Dans l’académie de Toulouse, nous avons choisi de nous baser sur les évaluations de 6ème pour établir des groupes de trois niveaux. Le premier n’accueillera que 15 élèves maximum, contre 26 pour le deuxième et 30 pour le troisième”, explique le recteur Mostafa Fourar.Y aura-t-il un professeur devant chaque groupe ?Selon les territoires, la situation est plus ou moins tendue. Pour cette principale d’un collège classé REP et établi à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, les calculs ne sont pas bons : “Pour respecter la réforme, il nous faudrait mettre en place huit groupes au total : deux en français et deux en mathématiques en 6ème. Idem pour le niveau 5ème. L’enveloppe d’heures attribuée à notre établissement ne sera pas suffisante”. Sa collègue Céline Mathieu, secrétaire départementale du SNPDEN dans l’Essonne, affirme que “la réforme s’appliquera… mais dans la douleur”. “Et au détriment de plusieurs dispositifs qui existent déjà et sur lesquels il nous faudra rogner comme les dédoublements en langues ou l’aide personnalisée dans d’autres disciplines”, regrette-t-elle.Les établissements situés en zone rurale sont parfois confrontés à d’autres problèmes. Le collège Voltaire de Capdenac-Gare, commune de l’Aveyron, ne compte que 246 élèves scolarisés. Cinq des 21 enseignants qui composent l’équipe partagent leur temps dans différents établissements. “La mise en place des groupes de niveau nous oblige à aligner les cours de maths ou de français sur les mêmes plages horaires. Tous les chefs d’établissement doivent se mettre d’accord, ce qui est loin d’être une tâche facile”, explique la principale Stéphanie Besombes. La construction des emplois du temps est souvent un vrai casse-tête pour les personnels de direction. “Même si ce n’est écrit nulle part dans les textes, nous avons pour habitude d’essayer de respecter les souhaits individuels. Pour des raisons personnelles, certains enseignants préfèrent, par exemple ne pas travailler le vendredi ou encore terminer plus tôt certains jours. Là ce ne sera plus forcément possible. D’où les crispations”, explique cette principale de région parisienne.Reste une dernière inconnue : l’Education nationale, confrontée à une crise d’attractivité sans précédent, pourra-t-elle vraiment assurer la présence d’un enseignant devant chaque groupe à la rentrée ? Le risque que les candidats manquent à l’appel est grand. “Dans les académies les plus en tension, comme celles de Versailles ou de Créteil par exemple, nous avons organisé un recrutement anticipé de contractuels dès le 1er juin. Ce qui nous permet de mieux les former en amont et d’organiser des temps d’observation et d’échanges avec leurs futurs collègues sur le terrain”, répond le ministère. Pas de quoi calmer les syndicats toujours opposés à cette réforme. Le Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré, a ainsi appelé à voter contre les propositions d’organisation par groupes de besoins qui pourront être soumises par les chefs d’établissement lors des conseils d’administration prévus au mois de juin. Reste à savoir si ce mot d’ordre sera suivi d’effet.

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Author : Amandine Hirou

Publish date : 2024-06-10 14:00:00

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